Akhenaton parle de sa conception de l'art, cela rejoint mon travail, j'ai pleuré en lisant ces lignes que je vous offre de partager avec moi.Je résume un peu ! Akhenaton observe une grande statue à son effigie qu'un artiste est en train de sculpter. Il commente le travail.
"C'est correct, dit-il en s'adressant au sculpteur qui commençait à préciser les traits du visage, mais il faut que tu accentues davantage le contour des lèvres. Ne crains pas de les rendre plus saillantes. Marque également davantage la taille, cela élargira les hanches, ce sera plus souple..."
"Divin Maître, fit l'artiste en épongeant son front ruisselant de sueur, je m'efforçais de rechercher la ressemblance d'après mes croquis sur cette tablette d'argile. Si je m'en éloigne trop..."
"Ne te soucie pas vraiment de cela ! C'est l'âme de ton pharaon que tu dois saisir ! Celle qui s'exprime sans cesse et continuera à le faire dans les temps futurs. Tu dis te centrer sur l'essentiel de ce qu'elle dégage. Un corps parle du Ka qui l'habite, bien au-delà des contours exacts que l'oeil perçoit. Ton travail de sculpteur consiste à deviner ce que le Ka cherche à dire, à projeter dans la matière rocheuse, quitte à dépasser la forme juste et la proportion raisonnable. Ton burin doit prolonger ce qu'Aton tente d'exprimer à travers mon corps, comprends-tu ?
Regarde ces lèvres... Elles demandent à s'épanouir, elles n'existent que pour répandre la Parole du Divin. Alors, fais-les fleurir dans la pierre ! Et si je te parle des hanches, c'est parce que le Fils d'Aton, au fond de son coeur, n'est ni homme ni femme mais les deux réunis. Il engendre des mondes et en accouche en même temps. Ma pensée est une matrice Noraleb, n''oublie pas cela, alors fais-le dire à ce corps ! Que l'on comprenne que Pharaon est, plus que jamais, père-mère et qu'il préfigure l'Être éternel qui somnole en chacun. Il est le rêve d'une génération qui viendra un jour. C'est vraiment cela que tu dois exprimer ! "
Akhenaton exécuta alors quelques pas à reculons pour observer de plus loin l'oeuvre naissante, puis fit demi-tour afin de s'en venir vers Amèse et moi-même qui écoutions attentivement.
"Ils ne comprennent pas, dit-il, le regard imprégné d'une véritable passion. On jurerait qu'ils ont peur de tout ce que cela veut dire ! L'homme et la femme réunis... mais c'est pourtant ce qui nous appelle tous ! Je ne veux pas seulement du grand et du puissant art. Il y faut la magie du Sacré ! L'artiste doit être un dieu à sa façon, ne croyez-vous pas ? Il est par nature un prêtre, un serviteur d'Aton et s'il ignore ou se nie en tant que tel, il passe à côté de sa vie et de sa mission. Il parle alors de muscles, de chair et d'os. Il parle de pouvoir et de vent ! Non, c'est une autre race de sculpteurs que je veux donner à ce royaume depuis tant d'années ! Une oeuvre qui traduit le Sacré est plus grande, soyez-en certains, que le plus docte des prêtres. Elle montre davantage de sagesse qu'un long enseignement à tous ceux qui se laissent absorber dans sa lumière. Un artiste inconscient de cela ne traduit rien. Il expose sa force et sa technique, c'est tout. Il est un signe d'Aton, guère plus... simulacre et prétention.
La tête doit toujours inventer, Nagar, mais en fait, elle imite surtout et déforme la Vie. Lorsque c'est, par contre, le coeur et l'âme qui dirigent l'art, l'oeuvre prolonge la création, elle en devient l'instrument noble et inspiré. Y a-t-il quelque chose d'autre qui nous soit demandé ? L'Amour et le bonheur sont dans cette direction. Il est si simple de comprendre cela ! Pourquoi ne le voit-on pas ?
Si chacun pouvait comprendre que la forme est un prétexte... Lorsque l'on s'en tient à la reproduire simplement et fidèlement, on peut caresser l'oeil, lui procurer une jouissance. Mais la jouissance ne suffit pas à faire l'art. Le but c'est l'extase, c'est de faire chanter l'âme ! Voilà pourquoi je leur demande d'aller chercher la Lumière qui demeure derrière la forme. Car la Lumière, c'est l'idée, l'intention du Divin, le Plan que celui-ci vise à travers un corps et une matière. Evidemment... peut-être que cela ne s'apprend pas... enfin pas au point où je voudrais être capable de l'enseigner."


